7 août 2013

La femme à 1000° - Hallgrímur Helgason


Herbjörg María Björnsson se meurt d'un cancer dans le garage où elle habite. A quatre-vingt ans, elle se remémore sa vie entre Islande, Allemagne en guerre et Argentine. Une vie à cent à l'heure, une vie terriblement dure mais sans compromis et surtout sans illusions.

En recevant ce roman, de part la couverture et le résumé, j'ai eu un peu peur d'avoir affaire à unes sorte de longue farce à l'humour un peu trop branché. Ce n'est pas que je déteste le genre, mais ça me lasse vite. Alors plus de 600 pages... Mais j'ai vite eu la bonne surprise de voir que ce roman est bien plus que ça même s'il ne manque pas d'humour. J'y ai trouvé une véritable richesse et profondeur.
L'écriture est par moment très poétique. Après plusieurs pages de noirceur, l'auteur arrive à créer des images poétiques de pure beauté. Et puis il y a l'humour, un humour souvent corrosif, parfois lyrique et toujours profond. Un humour qui contredit l'extrême noirceur de bien des chapitres.

Ce roman est foncièrement humaniste. Il y a l'absurdité de la guerre, la difficulté des choix et de leurs conséquences, la condition de la femme. Je crois n'avoir jamais lu un roman aussi féminin écrit par un homme.
"Mais c'est là la conclusion que je tire de ma vie entière : pour survivre en ce bas-monde, mieux vaut pour la femme être un homme comme les autres." (p.66)
On s'y interroge sur le sens de la vie, entre modernité des grandes villes et la vie autrefois sur les îles islandaises, sur ce qui fait le sel de la vie.
"À y repenser, ces années de sérénité et de solitude furent probablement parmi les meilleures de ma vie. D'abord, je découvris la frugalité, puis la paix, et enfin une trace de cette sérénité que j'avais débusquée chez l'ermite de Hjallar lorsqu'il avait débarqué au réfectoire de Skötufjörður, des années auparavant." (p.487)
Et  on finit par connaître l'Islande comme si on y avait vécu. Même si l'auteur peut être très virulent sur son pays.

La forme du roman, sous forme de courts chapitres et de va-et-vient entre les époques, évoque parfaitement les divagations de la vieille dame au fil de ses souvenirs et met du relief dans la lecture. Et au final, pour "une vieille qui divague", Herbjörg María Björnsson nous donne une sacrée leçon de vie,  sans  indulgence ni jugement.
"C'est là le but de toute existence : abattre les rêves. Se détacher de tout ce qu'on voulait, de tout ce que l'on a eu."
Une très belle découverte pour laquelle je remercie les éditions Presses de la Cité et Babelio pour son opération masse critique.

Hallgrímur Helgason
La femme à 1000° (Konan við 1000°)
Presses de la cité
632 p. / 23 €

4 commentaires:

  1. C'est drôle, en voyant cette couverture la première fois, j'ai cru que c'étaient les mémoires d'une star quelconque devenue vieille...

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    1. C'est presque ça, sauf que la "star" est fictive ^^
      En fait je trouve la couverture un peu ratée, ainsi que le résumé car ils ne reflètent pas ce qu'est ce roman. Mais d'un autre côté, ce roman est assez atypique...

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  2. Je ne connaissais pas mais ça a l'air intéressant, je note. :)

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    1. Oui, on peut aimer ou pas, mais c'est de toute façon intéressant. Je pense avoir oublié plein de trucs tellement ça foisonne.
      J'espère en tout cas que ce roman se fera remarquer pour la rentrée littéraire.

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