27 juin 2013

Un homme presque parfait - Richard Russo

Naître à North Bath n'est pas la meilleure entrée possible dans ce monde.
Depuis la construction de l'interstate qui rejoint New-York à Montréal, on n'y passe plus guère. Et comme les sources, qui ont jadis fait la renommée de cette petite ville, sont aujourd'hui taries, les habitants mettent tous leurs espoirs dans la possible construction d' "Ultime Évasion" un parc d'attraction. Enfin, ceux qui ont encore une petite dose d'optimisme. Ou celui. A savoir le banquier.
Miss Beryl, sa mère et ancienne instructrice , a trop le sens des réalités pour se laisser aller au même enthousiasme que son fils. Elle présent plutôt une catastrophe, symbolisée par la branche qui menace de tomber sur sa maison. Sully n'ont plus n'y croit pas. Même s'il loue le premier étage chez Miss Beryl, vous avez plus de chance de le trouver dans un des trois établissement de Bath où on sert à boire et à manger.

Un homme presque parfait, est un roman sur l'amour filial. Sully, fils d'un homme violent et alcoolique, garde tellement de séquelles de son enfance qu'il est incapable de s'engager, de s'installer dans la vie. Alors qu'il n'a pas su être un père pour son fils, il va petit à petit redécouvrir celui-ci et commencer un ersatz de relation. Miss Beryl, elle, se sent incapable d'aimer ce fils dont elle ne comprends pas les choix. Ruth, croit ferment que sa fille est celle de son amant alors même qu'elle ressemble à son mari.

Mais pas seulement. Pendant près de 800 pages, Richard Russo dépeint la vie de cette communauté, de ces gens pour la plupart socialement défavorisés. Son écriture est pointilleuse et détaille tout à l'extrême. Si le ton est souvent mélancolique, l'humour est bien présent. Un humour subtil et parfois pince-sans-rire.

Et Richard Russo a une tendresse réelle pour ses personnages, qu'il arrive à nous faire aimer. Sully, figure forte de North Bath, est un homme très attachant malgré ses nombreux défauts.
"Après tant d'années, elle aurait dû au moins savoir que Sully était plus doué pour améliorer un moral déjà au beau fixe qu'à vous sortir de votre cafard. C'était un homme bien trop honnête pour aider son prochain à se sentir mieux, si celui-ci n'en était pas capable lui-même." (p.362)
La plupart des personnages se considèrent comme des ratés ou des pas-grand-choses et n'ont pas une grande ambition. A l'image de leur ville, on les ressent laissés de côté et insignifiants à leurs yeux.
"Quand Peter lui adressait la parole, ce qui n'arrivait pas souvent, c'était dans un Anglais différent de celui auquel il était habitué, un anglais qui lui donnait l'impression d'être bête. La vieille Miss Peoples l'avait pourtant prévenu quand il était en quatrième que le monde récompensait les gens qui parlaient suffisamment bien pour faire sentir aux autres qu'ils étaient bêtes." 
J'ai donc vraiment aimé cette première incursion dans l'univers de Russo.  Mais je conseille vivement de lire ses ouvrages quand on a du temps devant soi, du temps pour plonger dans son univers si subtil et détaillé.


Richard Russo
Un homme presque parfait (Nobody's Fool)
10/18
780 p. / 10.20 €

A noter que ce roman a été adapté au cinéma, et voici le trailer. Si je n'ai pas encore vu ce film, l'ambiance a l'air d'y être !



8 commentaires:

  1. J'aime beaucoup Richard Russo, celui là est encore dans ma PAL car comme tu le dis : il faut du temps. Je te recommande, entre autre, 4 saisons à Mohawk ou le declain de l'empire Whiting. Bises

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  2. J'en ai lu un (retour à cape cod, je crois) et possède le déclin de l'empire whiting. Il semble que je doive aussi noter celui que tu présentes! ^_^

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    1. Comme c'est le seul que j'ai lu, je n'ai aucun point de comparaison ! Alors, je ne voudrais pas alourdir ta PAL de trop ^^

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  3. Ah ces auteurs américains qui décrivent tout, absolument TOUT... Ce roman-là est un peu trop épais pour que je l'inscrive au programme de mon été qui compte déjà plusieurs pavés, mais Russo revient à la rentrée...

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    1. Oui, j'ai vu ça au programme de la rentrée. Un roman plus autobiographique semble t-il.
      Sinon, oui, je n'ai pas choisi le moins long pour commencer. Et j'avoue avoir mis un certain temps à le finir !

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  4. Ah, ça me fait plaisir quand on parle de Richard Russo.
    Pas le premier auteur cité lorsque l'on discute de la littérature américaine contemporaine, mais c'est un formidable écrivain !
    Il mérite qu'on le cite, qu'on en parle, qu'on en discute, qu'on le lise tout simplement !

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    1. C'est vrai, un bon auteur, qui a un univers original. Je suis contente de l'avoir découvert, et ce grâce au challenge de Chinouk.

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