9 février 2013

Notre-Dame du Nil - Scholastique Mukasonga

Situé au sommet d'une colline, près de la source du Nil, Notre-Dame du Nil est un pensionnat catholique pour les jeunes filles de la haute-société rwandaise. Un lycée difficile d'accès qui doit former l'élite féminine de demain. Il accueille donc principalement des jeunes filles issues de la majorité Hutu, mais un quota de 10% de Tutsi est admis.
Dans ce pensionnat qui vit en vase clôt, on voit se dessiner en miniature les mêmes problèmes que dans la société rwandaise. A savoir les relations complexes et parfois haineuses entre les deux "ethnies".

Ce roman a été une vraie source de découvertes. Découverte d'une culture, abordée de façon agréable dans ses multiples aspects. Découverte de l'histoire de ce pays à laquelle l'auteur fait maintes allusions. De la société rwandaise, ses codes et inégalités qui sont abordés de façon subtile. Et la place de la religion face aux croyance ancestrales.
J'ai été très émue par la façon dont l'auteur, qui a été victime de l'épuration ethnique, arrive à prendre un tel recul afin de sonder la source des relations conflictuelles entre Hutus et Tutsis, et entre les Rwandais et les Blancs. Et ça rend le roman d'autant plus puissant.
Des passages peuvent même être plein d'humour : 
"D'une certaine manière, Mme de Decker était la seule femme vraiment blanche au lycée Notre-Dame-du-Nil, car la mère supérieure et la sœur intendante n'étaient ni tout à fait des femmes ni tout à fait des Blanches : c'étaient des sœurs. Elles ne pouvaient se marier, elles n'auraient pas d'enfants, elles avaient perdu leurs seins. Elles étaient au Rwanda depuis si longtemps qu'on avait oublié leur couleur. Ni hommes ni femmes, ni blanches ni noires, elles étaient des êtres hybrides auxquels on avait fini par s'habituer comme, dans les paysages du Rwanda, les carrés de café ou les champs de manioc qu'au temps des Belges on nous avait contraints de planter. Quant à Miss South, elle avait dû être une femme, mais elle n'était pas blanche, elle était rouge, c'était une Anglaise."
Et, tout de même, on sent que l'irréparable peut se produire.
Les jeunes filles du pensionnat incarnent chacune les différences de la société rwandaise. Il y a Gloriosa, fille d'un politicien hutu qui prône l'épuration ethnique ; Modesta née d'un père hutu et d'une mère tutsi mise au ban de la famille, ; Immaculée qui, sous des aspects superficiels, ne se laisse pas dicter sa loi ; Véronica et Virginia deux jeunes filles tutsi pleines de rêves d'avenir mais qui sentent venir la catastrophe.
"Virginia ne pouvait plus, ne voulait plus dormir. Elle guettait les bruits, elle attendait avec angoisse le grincement du portail, le ronflement des moteurs, le crissement des pneus qui annonceraient l'irruption des tueurs. Il y aurait ensuite la violence des cris, des vociférations, le martèlement des chaussures cloutée dans l'escalier, l'affolement de la fuite..." (p.208)
Et les Sœurs blanches du pensionnat, les profs français et belges qui viennent en coopération et ne comprennent pas grand chose au pays qui les accueille.

Mais si j'ai aimé ce roman pour sa subtilité dans le traitement du sujet et pour ce qu'il a à enseigner je n'ai malheureusement pas été "emportée" par l"histoire, qui manque d'un certain ressort. J'ai eu un peu de mal à m'attacher aux personnages et à l'histoire avant le dernier tiers. En fait, je l'ai plus lu comme un témoignage que comme un roman. Rien cependant qui puisse me faire regretter ma lecture !

Je remercie vivement les éditions Gallimard de m'avoir envoyé ce livre, et Babelio et son club lecture pour le partage.

Scholastique Mukasonga
Notre-Dame du Nil
Continents noirs
Gallimard
222 p. - 17,90 €

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