22 septembre 2012

Ce qui a dévoré nos cœurs - Louise Erdrich

Faye Travers vit avec sa mère, d'origine Ojibwée, dans le New Hampshire. Chargée d'inventorier la maison d'un ancien agent du bureau des affaires indiennes, elle découvre parmi une multitude d'objets indiens un tambour. Très vite, elle est troublée et croit entendre les battements du tambour. Elle s'en empare pour le ramener dans sa tribu.

Quel roman étrange et envoûtant ! Envoûtant comme le tambour qui est au centre de l'histoire. Louise Erdrich nous entraîne dans son univers de légendes et croyances indiennes, un univers peuplé d'Esprits.

Construit en plusieurs parties, ce récit nous mène du New-Hampshire au territoire ojibwé près des grands lacs ; il nous relate des vies d'aujourd'hui ainsi que l'histoire d'ancêtres ojibwés.
Dès le début du roman, j'ai été séduite par l'écriture très belle et poétique ; ainsi que par les descriptions de la nature et des animaux, le rapport à la matière (les pierres, les arbres...) et au milieu.
 "Dans cette fourche, il y a un nid de corbeaux, ce qui est inhabituel car les corbeaux ont peur des habitants du Nord-Est, en raison de la longue mémoire que leur race a des fusils, des filets, et des poisons avec lesquels ils furent autrefois éliminés."
""Loup, ai-je demandé, ton peuple est chassé depuis le ciel et empoisonné sur la terre, tué à vue, on vous mâtine, on vous fourre dans des cages et vous êtes presque et vous êtes presque anéantis; Comment se fait-il que vous continuiez à vivre avec une telle douleur ? Comment continuez-vous sans même vous retourner et sans vous détruire, comme tant d'entre nous les Anishinaabegs l'ont fait dans les mêmes circonstances ?"Et le loup a répondu, non pas en paroles mais en continuant à me fixer."Nous vivons parce que nous vivons."Il n'a pas posé de questions. Il n'a pas donné de raisons. Et je l'ai compris. Les loups acceptent la vie qui leur ait donnée. Ils ne regardent pas autour d'eux avec le désir de vivre une vie différente, pas plus qu'ils n'abrègent leur existence, en rage contre les humains, ni même qu'ils ne les craignent plus que nécessaire. Ils sont efficaces. Ils affrontent ce qui se présentent et vont de l'avant."
Mais j'ai encore été plus captivée par l'histoire d'Anaquot et de son amour passionnel pour Simon Jack, un amour qui la ronge et qui ne peut finir qu'en drame. Et par l'histoire de la construction du tambour et de sa  magie ; le récit navigue entre le conte et le réel.
"Le bison ou l'élan dépouillé pour le fabriquer devait être un géant.Malgré sa taille le tambour a pourtant quelque chose de fragile, car il est décoré de façon très élaborée, avec un baudrier et une jupe brodée de perles, garni de glands de fil rouge et orné tout autour de petits cônes en fer blanc, ou de grelots."
J'ai été séduite par la vie, les rites et les croyances de cette tribu ; Louise Erdrich nous fait découvrir ces croyances et la spiritualité indienne à travers la vie des personnages, rien n'est expliqué ou simplifié et par conséquent, elle a su éviter de tomber dans le folklore. Et elle ne tombe pas non plus dans le travers d'enjoliver ou de tomber dans une admiration béate comme on peut le voir souvent.

En revanche, et c'est le seul bémol, je trouve que le roman manque de rythme. La première partie, qui n'est pas la plus intéressante, est trop longue, trop diluée dans des détails. Je conseille donc à ceux qui seraient tenté d'abandonner leur lecture au début du livre de persévérer jusqu'à la deuxième partie.

Un roman pour les amoureux de la nature et des légendes indiennes, pour ceux qui aiment les romans contemplatifs. Je remercie vivement le Livre de Poche et Livraddict pour l'envoie de ce roman.

Louise Erdrich
Ce qui a dévoré nos cœurs (The painted drum)
Le livre de poche
6,95 €
978-2-253-12460-3


Lu dans le cadre d'un partenariat Livraddict et le livre de poche.
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4 commentaires:

  1. J'ai vu l’auteur ce WE, elle a une beauté et un charme à tomber par terre!
    Sinon, j'aime bien ses romans!

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  2. C'est vrai qu'elle a du charme : un côté serein et une grande douceur. (D'après les vidéos !)

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  3. Je te rejoins sur l'envoutement de ce roman, par contre j'ai aimé aussi la première partie, je trouve qu'elle apporte beaucoup pour mettre en relief les liens et le poids de ce qui se transmet...

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  4. Merci pour ton commentaire !
    C'est vrai, c'est une bonne remarque. A vrai dire, je l'ai bien aimée aussi cette partie, même si je n'ai pas trop été attachée aux personnages. Mais je l'ai trouvée trop longue par rapport à la partie "indienne". D'où à mon avis le problème de rythme.
    Ceci dit, une chose est certaine pour moi après la lecture de ce roman : je relirai du Louise Erdrich ^^

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